Victor Doux, kayakiste : « Le Rhône est ma seconde maison »

Originaire de Lyon, Victor Doux parcourt le Rhône tous les jours depuis quinze ans. Kayakiste professionnel, sportif de haut niveau, Victor livre ici une tribune poétique invitant à regarder le fleuve autrement : un cours d’eau fragile aux multiples facettes qui doit être protégé par ses colocataires urbains.

Victor Doux / Crédits : Tom Lafait

« Depuis l’âge de 15 ans, je sillonne Lyon en kayak quotidiennement, sans exception ou presque. De mon club de kayak historiquement établi autour de la Confluence du Rhône et de la Saône jusqu’au parc de la Feyssine, en passant par le cœur de Lyon et ses ponts, le Rhône est mon lieu d’entrainement, ma retraite méditative et un peu ma seconde maison. Je m’y sens détendu, vivant et protégé du tumulte de la ville. Dans mon esprit vagabond, le Rhône agit comme un catalyseur vers l’évasion. Bien plus que de l’eau, c’est un fond sonore et sensoriel favorable à l’immersion, à l’introspection et à la méditation.  Comme si cette eau qui passe sous les ponts était un bras vivant qui coule dans la forêt de béton nommée Lyon.

Il y a quelque chose d’immuable dans le Rhône. Si vous le laissez vous porter, vous le verrez varié, bio-diversifié, mais constant dans sa vallée. Pour moi, c’est un peu plus au sud que notre relation a commencé. Saint Pierre de Bœuf, c’est un peu le skate-park ou le jardin alpin pour apprendre à pagayer. Mais au début, on s’intéresse peu à ce que nous pourrions contribuer à faire. On vit le moment présent, là, parfois à l’endroit, souvent à l’envers. Petit à petit on grandit et peu à peu on s’interroge sur ce dont on jouit. Si mon kayak est mon train, le Rhône n’en serait-il pas le chemin de fer ?

Et c’est là que l’engagement peut prend vie.

En quinze années, j’en ai vu du Rhône couler sous les ponts. Aujourd’hui j’ai bientôt 30 ans et je ne me suis toujours pas lassé de ces évasions. Tantôt calme, tantôt hostile, j’ai vu le fleuve dans tous ses états et sous toutes ses couleurs. Bleu cristallin et doux à l’été, ou trouble et violent à la fonte des neiges, tous ses états m’empêchent la torpeur. En quinze années, j’ai également vu ses berges évoluées et le peuple lyonnais s’en rapprocher. Aujourd’hui, j’aimerais transmettre à mes voisins l’envie de chérir cet or bleu qui coule en contre bas des quais et des ponts sans cesse empruntés. Ne plus y trouver de bouteilles de verres ou plastiques serait déjà une belle avancée !

Car oui, c’est bien là où nous pouvons agir. 80 % des déchets vont des fleuves vers la mer pour la ternir. De la vie et la nature le Rhône en devient martyr. Et si l’on entend souvent qu’une action individuelle est une goutte face à l’inaction des autres, le fleuve n’est qu’un ensemble de gouttes se soutenant les unes les autres.  

Aujourd’hui le Rhône se meurt. Même si pour le moment son caractère immortel demeure, un jour il se pourrait que plus jamais il ne pleure. On estime la disparition de son glacier autour de 2100. Mais c’est ce que nous pouvons faire d’ici là qui est intéressant.

L’aménagement des quais a donné une plus grande visibilité au fleuve Rhône. C’est le moteur d’une plus grande connexion avec le peuple qui, équipé de sa ville, ses outils et ses déchets, le borde lui et la rivière Saône. Mais dire que cette évolution est seulement positive serait pour moi une hérésie. Beaucoup ne comprennent pas que le Rhône est une poésie. Beaucoup n’ont pas été éduqués aux bienfaits d’avoir une voie navigable sous nos fenêtres et à portée de vue. Ni d’avoir une telle source d’eau pour la ville, les champs et d’électricité pour nos rues. Nous avons tous des progrès à faire dans la préservation et l’action pour des meilleurs fleuves.

En quinze ans j’ai compris que malgré son rythme qui varie, ses couleurs qui changent, ses berges qui évoluent, le Rhône lui, est constant. C’est finalement nous qui sommes venu vivre sur son passage. À nous donc de le respecter, de l’honorer pour conserver le droit d’en faire usage tout le temps. À nous usagers quotidien de se dresser en tant que défenseurs et promoteurs du fleuve Rhône à travers les âges. »

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