Comment faire face au fléau du typha ? Entretien avec Amadou Tidiane Ndiaye, maire de Ronkh au Sénégal

Les zones humides du delta du fleuve Sénégal donnent l’aspect d’un immense jardin aquatique avec des cours d’eau fortement végétalisés. Mais derrière cette impression, se cache un problème environnemental majeur : la prolifération de plantes aquatiques envahissantes telles que le typha. Historiquement présent dans la région, notamment autour du lac de Guiers, le typha a envahi le cours du fleuve et ses affluents depuis la construction du barrage antisel de Diama à partir des années 1980.

Lac de Guiers, au Nord du Sénégal

La commune de Ronkh est l’une des plus touchées par le fléau du typha. Située dans le delta central du fleuve Sénégal, à 85 km de Saint-Louis, elle est composée de 48 villages et hameaux et couvre une superficie de plus de 680 km², délimitée au nord par le fleuve, frontière naturelle entre le Sénégal et la Mauritanie.

Amadou Tidiane Ndiaye est le maire de cette commune rurale. Nous l’avons rencontré pour nous parler de son expérience terrain mais aussi nous faire part de ses réflexions sur l’avenir. Diplômé en socio-anthropologie, il porte en effet un regard particulier sur le rôle du fleuve dans sa commune.

« Je suis Maire de Ronkh depuis 2014. Je n’étais pas destiné à la politique, étant docteur en socio anthropologie mais finalement je suis arrivé à ce mandat. Et je l’assure à 100 %. Ma commune s’étend sur un vaste territoire avec une place importante occupée par l’eau. Déjà, nous avons plus de 40 km de frontière avec le fleuve Sénégal et nombre de ses affluents irriguent ce territoire. Les habitants (37 000 actuellement) sont connectés à l’eau, depuis toujours et de nombreuses façons. La pêche a été pendant longtemps l’activité coutumière. Tout le monde pêchait. Avec le développement, l’aménagement des terres autour du fleuve, le rapport au fleuve a changé : l’agriculture irriguée a été introduite. Le fleuve est aussi important comme voie de communication pour désenclaver des zones plus reculées et il reste toujours un facteur d’intégration entre communautés.

Un village de la commune de Ronkh

Ma commune est considérée comme le grenier à riz du pays et elle le doit au fleuve. Nous avons plus de 20 000 hectares de terres cultivées. Aussi, pour maintenir cette activité économique, je travaille avec tous les partenaires institutionnels et associatifs et la coopération internationale impliqués dans la gestion de l’eau. En tant que maire, chercheur et habitant de la région de Saint-Louis, je pense qu’il est de notre devoir de protéger le fleuve. Rien n’est éternel dans la vie, des fleuves ont disparu de la planète. Notre survie est foncièrement dépendante de cette eau présente et permanente.

Il y a de nombreuses menaces naturelles comme le typha qui pèsent sur la ressource en eau. Mais cette menace a été amplifiée par la main de l’Homme qui a perturbé l’écosystème en construisant des barrages, utiles par ailleurs. Le typha est un problème pour le fleuve lui-même, pour sa biodiversité mais aussi pour l’activité agricole. Il prend la place des espaces de culture, et absorbe les éléments nutritifs contenus dans l’eau au détriment des plants de riz. Il rend plus difficile l’accès à l’eau pour la pêche et la navigation, en occupant avec le sable des volumes importants dans le lit du fleuve. Le typha a aussi des impacts sur la santé humaine, en particulier des complications respiratoires liées au pollen ou aux graines transportées par le vent. Enfin, on en parle peu, mais la présence importante et dense du typha crée de nouveaux problèmes sécuritaires. Il peut y avoir 1 600 mètres occupés par le typha depuis la rive et cette végétation compacte et importante est propice pour le développement de trafics et la présence de personnes malveillantes.

Le typha, plante invasive du fleuve Sénégal
Valorisation du typha

Le typha occupe déjà 10 000 hectares le long du fleuve dans ma commune, sans compter les affluents. Alors, oui, il faut trouver des solutions ! Nous avons été l’une des communes pilotes pour le programme de valorisation de la plante en bio-combustible. Mais les fours de cette unité de valorisation sont trop petits pour dépasser le stade artisanal. On est incapable par ailleurs de dire quel est l’impact de la coupe sur la diminution effective du typha dans l’eau. Il y a d’autres types de valorisation, comme matériau de construction de maison ou en utilisation fourragère mais il n’y a pas eu de développement notable. Il faut passer à l’échelle supérieure.

Nous avons cette même difficulté pour la pisciculture. Beaucoup de personnes ont voulu se lancer dans cette activité ; j’ai moi-même une ferme piscicole mais pour le moment, mais on fait face à un problème de rentabilité. L’aliment de poissons coûte 300 francs CFA le kilogramme et quelques fois il est introuvable.

Nous menons beaucoup d’expériences de terrain ; désormais, il faut les capitaliser. Le fleuve est en train de subir une profonde mutation et notre rapport à lui va nécessairement évoluer aussi. Il ne faut pas qu’on perde ce lien fort qui perdure depuis des centaines d’années. »

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