Pollution : la success story du Léman

Le Léman a bénéficié de progrès importants ces dernières décennies pour l’amélioration de la qualité de ses eaux. Aujourd’hui néanmoins, avec l’accélération du dérèglement climatique et ses usages multiples, l’apparition de nouvelles pollutions et la perturbation des écosystèmes, le lac n’est encore qu’en convalescence et reste soumis à de fortes pressions. Pour veiller à sa protection, l’Association de Sauvegarde du Léman (ASL) travaille depuis plus de quarante ans à l’amélioration des eaux et à l’implication des riverains pour sa protection. Entretien avec Suzanne Mader, secrétaire générale de l’ASL. 

Le Léman depuis la place du Vieux-port, Lausanne, Canton de Vaud © Camille Moirenc

Revenons d’abord sur la création de l’Association pour la Sauvegarde du Léman, et sur ses premiers combats…  

L’Association de Sauvegarde du Léman (ASL) a été créée en 1980 en Suisse, puis en 1984 en France. À l’époque, le lac subissait une forte eutrophisation. L’association s’est donc constituée pour faire interdire les phosphates des lessives en Suisse et en France, à l’origine de cet excédent en nutriments dans le lac. L’interdiction a été effective en 1986 en Suisse, et définitive en France en 2007. C’était une grande réussite, à une époque où l’on parlait très peu d’écologie. 

Il y a eu également l’opération Rivières propres, qui consistait à faire des relevés des tuyaux polluants dans tout le bassin versant. Des milliers de bénévoles ont crapahuté jusque les montagnes pour faire les relevés et cartographier tous les ruisseaux et rivières. Il n’y avait pas de GPS ; ils partaient avec une carte, une boussole et un petit kit d’analyse. Cela a permis d’envoyer des dossiers sur l’état des infrastructures dans toutes les communes concernées en demandant des mesures pour améliorer le réseau. Cette opération s’est étalée sur vingt ans, en comptant une deuxième étape importante, la vérification du travail des communes, et une troisième étape tout aussi importante, la reprise numérique des points d’étude et la réalisation de statistiques. 

Bénévoles lors de l’Opération Rivières Propres © Crédits ASL

Et on a vu qu’au cours du temps, la situation s’était nettement améliorée ! On parle maintenant de la success story du Léman. Le lac n’est plus gravement eutrophisé et peut mieux réagir aux nouvelles pollutions : micropolluants, microplastiques, déchets sauvages… Les stations d’épuration ont été aussi largement améliorées – pas uniquement grâce à l’ASL, mais par l’effet conjoint de nouvelles lois et d’une prise de conscience générale. Cette prise de conscience s’est aussi faite grâce à l’implication du monde agricole, que nous avons beaucoup sensibilisé sur l’apport en phosphates, et bien sûr de celle du grand public. 

Un événement phare de l’ASL aujourd’hui est l’opération Net’Léman. La 11ᵉ édition a permis de récolter 4 260 kg de déchets, avec l’investissement de 1 270 volontaires. Comment maintenez-vous une si grande participation pour la protection du lac ? 

Nous avons une communauté bien formée qui revient tous les deux ans. Pour cette édition, on a même dû refuser des gens ! On sent qu’il y a une envie d’œuvrer pour l’environnement, c’est très populaire. Les participants aiment faire une activité aux résultats très concrets, visibles et rapides. C’est plus facile que pour le deuxième grand événement de l’ASL, l’opération Halte aux Renouées : il faut sept ans avant de commencer à voir les premiers résultats sur cette plante exotique envahissante…  

Plus de 1 000 plongeurs et bénévoles à terre s’activent pour nettoyer le Léman © Crédits ASL

Pourquoi autant de temps ? 

Les renouées sont des plantes invasives qu’il faut savoir affaiblir en les arrachant sept à huit fois par saison. Elles reviennent très vite : il faut que les plantes indigènes arrivent à prendre le dessus, c’est un long processus. On ne voit des progrès significatifs qu’au bout de plusieurs années. Aujourd’hui, certaines stations pour lesquelles il fallait vingt personnes pendant une journée ne nécessitent aujourd’hui qu’une bénévole pendant une heure !

Importées au départ d’Asie par les pépinières pour l’ornement, on ne s’était pas rendu compte que les renouées se développent de façon si facile et importante. On sensibilise les communes et les personnes qui travaillent sur le terrain pour que tout soit ramassé, car les déchets lors de l’arrachage favorisent l’implantation de la renouée ailleurs ! Il faut aussi ne pas composter, mais incinérer, voire trouver d’autres moyens de valorisation. L’ASL est assez précurseur sur cette méthode d’arrachage, qui enlève le maximum de racines et évite la prolifération.

L’ASL procède à l’arrachage de la renouée, une plante envahissante qui menace la biodiversité lémanique © Crédits ASL

L’ASL peut-elle s’appuyer sur un comité d’experts, pour définir ses démarches et méthodes ? 

Dans le cadre du programme Halte aux Renouées, la méthode s’est plutôt faite sur le terrain, au fur et à mesure de nos actions. Mais l’association est composée de nombreux experts, dans différents domaines ! Pascal Mulattieri, nouveau Président de l’ASL, est un expert de l’hydrobiologie qui connaît très bien le lac, pour y plonger très régulièrement. On a aussi des experts de la pollution microplastique, de l’imperméabilisation des sols avec des géographes, des géologues, des ingénieurs… L’ASL est aussi présente au sein des universités, en accompagnant des travaux d’étudiants et doctorants autour du lac. 

Ce comité est aussi à l’impulsion d’ateliers de sciences participatives, qui implique fortement les citoyens… 

En effet, l’ASL a la spécificité d’associer la société civile sur la plupart de ses actions ! Le projet “Plastock” par exemple a pour objectif de comptabiliser et de caractériser les macro et micro plastiques sur 25 plages autour du lac. Les bénévoles vont sur les plages, comptabilisent, envoient leurs décomptes… L’association a également développé une application pour les personnes qui voulaient faire des nettoyages hors de l’événement Net’Léman. Cette application est utile pour récolter des informations statistiques sur le type et la localisation des déchets, et ensuite faire des propositions qui diminuent effectivement la pollution. 

Quels sont les messages que vous aimeriez faire passer sur les sources de pollution et les moyens de l’arrêter ? 

Beaucoup de déchets viennent de la consommation quotidienne et du tout-jetable. On prône beaucoup la réutilisation, en proposant de mettre en place des contenants avec consigne, tel que le système recircle. On essaye d’être exemplaires : aucun ustensile jetable, plus de sacs poubelles lors des nettoyages, mais des sacs à tri réutilisables. On demande aussi aux gens de venir avec leurs propres outils pour les événements de l’ASL. 

Portez-vous aussi ces messages auprès des autorités ? 

Oui. Cette année par exemple, on a constaté pendant Net’Léman deux nouveaux déchets aberrants, pour lesquels nous allons fortement alerter : les cigarettes électroniques jetables et les bombonnes de gaz hilarant.

Quelles sont les autres actions grand public ? 

On propose au public des “Trash’quiz”, pour faire connaître les problématiques du lac avec humour. Et pendant la période estivale, nous allons mettre en place des groupes de bénévoles sur les plages pour aller à la rencontre des estivants, faire un ramassage et en profiter pour sensibiliser sur la problématique des mégots, en donnant des informations, et des outils comme les cendriers de poche. Il faut faire changer les habitudes ! 

Cinzia Cattaneo et Nadim Kayne humoristes participant au Trash Quiz © Crédits ASL

Et vous, Suzanne Mader, quelle est votre relation au Léman ? 

Je m’y baigne depuis toute petite, même s’il n’était pas très accueillant à l’époque. C’était une habitude de mes parents. Et à partir de l’adolescence, j’ai commencé à naviguer très régulièrement sur le lac : de la planche à voile, du catamaran sportif, et maintenant du voilier. Plus largement, j’ai toujours voulu protéger et aimer l’environnement, quel qu’il soit. Et en particulier l’eau : mes parents m’ont toujours dit que j’étais un poisson. J’ai passé des heures dans l’eau, en piscine, au lac, à la mer… J’ai cette relation très forte avec l’eau. 

Si le Léman était un personnage, quels seraient ses attributs…? 

Générosité, résilience… beauté et grandeur ! 

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