Exploramer : découvrir le Saint-Laurent autrement

Au nord de la péninsule de Gaspésie, Exploramer n’est pas un musée comme les autres : après avoir vu  l’aquarium et les salles d’exposition, partez à la découverte du Saint-Laurent maritime, à pied ou à bateau, pour une immersion totale ! Rencontre avec Sandra Gauthier, directrice d’Exploramer, qui explique comment le musée a réussi à créer des contenus et activités pour le grand public tout en contribuant à la recherche scientifique et industrielle autour du Saint-Laurent. 

© Exploramer

Que peut-on découvrir en venant à Exploramer, sur les rives du Saint-Laurent, au cœur de la Gaspésie ? 

Sur le quai de la petite ville de Sainte-Anne-des-Monts, le fleuve, c’est la mer ! Exploramer propose d’aller à sa découverte grâce à son aquarium, qui comporte une soixantaine d’espèces différentes et un millier d’individus. 

L’espace musée comporte aussi trois salles d’expositions temporaires. L’exposition “Êtres d’exception : quand la science rivalise avec fiction” parle de l’adaptation des animaux marins à leur habitat, et notamment lorsque le Saint-Laurent gèle en hiver. Les animaux doivent alors s’adapter à la fluctuation des profondeurs et des températures, à la force des courants marins, et à l’accélération du changement climatique. 

Pour l’exposition “Fous de Bassan : Sentinelles du Saint-Laurent”, les chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski ont utilisé les Fous de Bassan comme des instruments de recherche, en leur installant une petite puce et un mini sac-à-dos contenant une caméra. Cela permet aux chercheurs de découvrir où sont les bancs de poissons et quels étaient les bancs de poissons à travers la consommation de ces oiseaux. 

Et une troisième exposition temporaire… sur les requins dans le Saint-Laurent ? 

Oui ! Dans l’exposition “Requins, 100 millions de morts”, on montre que sept espèces vivent toute l’année dans le Saint-Laurent, comme l’aiguillat commun et le requin du Groenland. On a aussi 13 espèces en visite, ce qui fait une vingtaine d’espèces observables dans le golfe. On a par exemple le Grand Requin Blanc, présent de plus en plus du fait de l’augmentation des populations de phoques. La majorité des Québécois n’a aucune idée du fait qu’on a des requins dans le Saint-Laurent ! L’exposition suscite énormément d’intérêt. Depuis son ouverture en 2015, on la reprogramme chaque année… 

© Exploramer

Les participants peuvent aussi s’immerger dans le Saint-Laurent… 

Pour rendre la science et le Saint-Laurent plus dynamiques, et que les visiteurs ne contemplent pas simplement la surface de l’eau et le paysage, on a développé des activités interactives sur un navire. On amène les gens en mer pour faire de la levée de casiers : de crabes communs, de buccins, de homards… qui sont ensuite remis à l’eau bien sûr. On fait aussi des ateliers de sciences participatives avec la cueillette de données scientifiques en mer sur le taux de salinité, la turbidité de l’eau, la force des courants marins… L’objectif est double : démystifier à la fois le Saint-Laurent et le métier de chercheur. 

© Exploramer
Une excursion en mer © Chok Images

Jusqu’où naviguez-vous ? 

Le Saint-Laurent n’est pas facilement navigable : il y a des marées, des courants, des vents importants. Donc on reste proches des côtes, dans les 8 000 mètres marins. On emmène des touristes qui n’ont pas tous le pied marin, donc même en restant près des côtes, les gens reviennent parfois verts ! (rires). Ce qui nous intéresse, c’est surtout ce qu’on peut observer sous l’eau. Le plus loin qu’on puisse aller c’est pour la levée de casiers de crabes des neiges, qui vivent en profondeur dans l’eau la plus froide. 

Les visiteurs peuvent aussi découvrir le littoral à pieds… 

Nous équipons aussi les visiteurs de bottes et de pantalons pour qu’ils découvrent le littoral les pieds dans l’eau. Ils marchent jusqu’au “verveux”, un engin de pêche qui capture les poissons mais qui les garde vivants. On l’ouvre, on le vide et on fait l’interprétation des espèces marines trouvées avant de les remettre à l’eau. Ainsi, les gens peuvent observer directement toute la richesse et la diversité des espèces présentes dans le Saint-Laurent, et constater à quel point on en consomme qu’une infime partie. 

Cueillette de poissons dans le verveux © Jérôme Landry

Parce que vous travaillez aussi avec des restaurateurs et des poissonneries, pour promouvoir une pêche durable ? 

Exploramer gère en effet le programme Fourchette bleue, qui valorise les pêcheries durables. Nous mettons en avant des espèces qu’on ne connaît pas et qu’on ne consomme pas, comme la loquette d’Amérique, le chaboisseau, l’hémitriptère atlantique, mais aussi les espèces qu’on connaît bien et qui sont malgré tout sous-valorisées, comme l’oursin, le couteau de mer, le buccin (bulot), le flétan, la baudroie d’Amérique… 

Enfin, on se bat aussi pour les espèces pêchées mais qui ne sont pas consommées au Québec, comme le crabe commun ou le concombre de mer. Ces pêches sont entièrement exportées à l’étranger… Selon le principe de l’économie circulaire et de la consommation locale, on veut faire en sorte que les Québécois et les Québécoises aient accès à une plus grande variété d’espèces marines, et qu’on ait le privilège de pouvoir choisir d’abord puis d’exporter l’excédent. Aujourd’hui, les marchés extérieurs ont la priorité, ce qui est un véritable non-sens. Pour nourrir les Québécois, on importe de l’étranger des espèces plus “bas de gamme” que nos propres espèces !

Le programme prend la forme d’une certification ? 

Depuis la création de Fourchette bleue il y a treize ans, nous attribuons une certification aux restaurateurs et poissonneries qui s’engagent à offrir à leurs clients au moins deux espèces d’une liste émise chaque année.  Le but est d’amener les espèces vers les consommateurs ! On travaille aujourd’hui à l’élargissement de cette certification, qui obtient de très bons résultats. 

Osez goûter ! © Chok Images

Le musée n’est ouvert qu’en période estivale. Que faites-vous le reste de l’année ? 

Exploramer se transporte dans les écoles ! Une équipe d’animateurs scientifiques sillonnent la moitié de la province de Québec, avec des activités éducatives pour les différents niveaux scolaires, toutes axées sur le Saint-Laurent. 

“Parfois, des parents ou des jeunes demandent à me parler après la visite : « On a passé la journée ici, et mon enfant a décidé qu’il voulait devenir biologiste !”. Ça fait plaisir, ça projette notre travail vers l’avenir.

Sandra Gauthier

A quel point peut-on connaître la faune et la flore du Saint-Laurent ? 

Ce n’est pas un fleuve qu’il faut connaître, c’est quatre ! Il y a la portion des Grands Lacs, la portion fluviale, puis l’estuaire et enfin le golfe. Et même en se concentrant sur le golfe et l’estuaire à Exploramer, il reste encore beaucoup de choses qu’on ne connaît pas. En premier lieu, les évaluations de stock : on connaît mal la biomasse des espèces dans le fleuve. Certaines espèces comme le sébaste avaient disparu complètement et font des retours importants après vingt ans, sans qu’on sache pourquoi et où. 

Et il y a bien sûr tout le volet du changement climatique : comment contrer les nouvelles espèces envahissantes ? Le problème des crabes verts soulève à la fois des questions de recherche fondamentale et de recherche industrielle : comment valoriser ce crabe vert pour en faire des engrais, de l’alimentation… ? On a aussi du mal à expliquer certaines migrations dans le golfe. Il y a deux ans, et à nouveau en mai, des baleines rorquals se sont aventurées jusqu’à Montréal, alors que ce n’est pas une salinité d’eau qui les intéresse normalement. 

Il y a aussi le problème de la surabondance des phoques, qui provoque la disparition de certaines espèces de poissons. On devrait avoir 500 000 bêtes, et on approche aujourd’hui des 9 millions  ! On fait face à une déstabilisation et une désorganisation des écosystèmes, qui inquiètent autant les chercheurs que l’industrie de la pêche. Par exemple, le retour fulgurant du sébaste affecte les bancs de crevette. La semaine dernière, on a annoncé l’arrêt pour une durée indéterminée de la pêche du maquereau et du hareng.

Et vous, Sandra Gauthier, quelle est votre relation au fleuve Saint-Laurent ? 

Je suis née sur les bords du fleuve, littéralement ! Ma grand-mère avait une maison sur la plage, dans laquelle on passait beaucoup de temps l’été. Lorsque le capelan “roulait” – un petit poisson-proie qui roule sur le sable pour déposer ses oeufs (NDLR) – on le ramassait à la main, pour se faire ensuite un festin en famille. Et mon père était chef cuisinier : tous ces poissons que j’ai mentionnés, et bien nous les consommions déjà. Ce lien entre la mer et le culinaire, je l’ai fait très tôt. 

J’ai aussi travaillé quelques années en Europe, à Bruxelles, où je faisais la promotion du Canada comme destination touristique. C’est en étant guide au bord du Saint-Laurent pour des journalistes du Bénélux que je me suis rendue compte de l’ébahissement des gens devant le fleuve et ses richesses ! Pour moi c’était le quotidien; pour eux, c’était spectaculaire. La première fois qu’ils ont aperçu le fleuve, il a fallu que j’arrête la voiture pour faire des photos, à chaque détour de la route … c’était long ! (rires) Au fur et à mesure, je me suis rendue compte par leur regard que le fleuve n’était pas banal du tout. 

Est-ce que vous souhaitez partager une anecdote lors des visites du musée ? 

Lors des portes-ouvertes à la réouverture du musée, je me tiens debout devant les portes pour accueillir les visiteurs. Chaque année, des petits enfants arrivent en criant “J’m’en vais voir mes poissons !”  : c’est leurs poissons à eux (rires). Les parents sont derrière, en train d’essayer de les rattraper : « Ça fait une semaine qu’il a hâte de voir ses poissons…” Une heure plus tard, je vois l’enfant sur l’épaule du parent, en criant qu’il ne veut pas s’en aller. C’est qu’on a réussi à créer un sentiment d’appartenance au Saint-Laurent, à cette biodiversité, que les jeunes apprennent à voir et à aimer. 

Le musée Exploramer en Gaspesie © Charles Roy

Exploramer, ouvert du 5 juin au 9 octobre 2022 : http://exploramer.qc.ca/

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